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Protéger ce qui compte lorsque tout semble urgent

Il y a quelques mois, j’ai traversé une période de plusieurs semaines qui demandaient beaucoup de moi. J’avais l’impression que tout arrivait en même temps. Ce qui était en attente depuis longtemps s’est soudainement remis en mouvement. J’ai dû répondre en peu de temps à plusieurs sujets importants, des déplacements imprévus se sont ajoutés, un contexte relationnel délicat est apparu ainsi qu’un sujet familial important. Le tout en contraste avec une période précédente beaucoup plus calme.


La vie est faite de cycles et lorsque nous entrons dans une période dense, complexe et chargée, il est facile de se sentir enfermé dans une vision unique des choses et de ne plus voir d’alternatives. Pourtant, lorsque nous regardons cette période avec du recul, indépendamment du volume de choses que nous avons eu à gérer, qui peut être important, ce qui influence le plus notre expérience est souvent la manière dont nous l’avons vécue. Et bien souvent, cela n’est rien d’autre qu’une accumulation de pensées et d’émotions qui s’enchaînent jusqu’à construire une vision partielle de la réalité.


On s’en rend particulièrement compte lorsque, au milieu d’un tourbillon d’activité, nous sommes capables de nous arrêter un instant, de prendre de la distance et d’observer ce qui est en train de se passer avec moins d’anxiété et de charge émotionnelle, et davantage de calme et de perspective.


Un autre aspect important est la vitesse. Elle nourrit cette inertie qui nous pousse à vouloir tout résoudre avec l’illusion que plus nous faisons de choses, et plus vite nous les faisons, plus vite nous pourrons nous reposer. Cela ne finit jamais. Et dans cette dynamique d’enchaînement permanent de tâches, nous perdons souvent la capacité d’être pleinement présents dans des moments importants de notre vie. Il est utile de distinguer le flow, ou quel que soit le nom que l’on souhaite donner à cet état de fluidité, du fait d’être prisonnier de ses tâches.


Lorsque nous entrons dans un état d’activité constante, nous perdons de la perspective et notre perception des véritables priorités se déforme. Nous avons alors tendance à placer l’efficacité avant le sens.


La manière dont nous vivons ces périodes nous conduit souvent vers l’un de ces deux cycles :


Négatif : enchaîner les tâches sans repos ni prise de distance nous fait perdre de la perspective. Le manque de perspective alimente l’urgence, l’urgence détériore le repos et la fatigue nous conduit à prendre de moins bonnes décisions. Un cycle désintégré qui s’autoalimente et finit par générer du stress. Un état qui a davantage à voir avec la peur de perdre le contrôle qu’avec un excès de travail.


Positif : créer des espaces de repos, de connexion et d’écoute de soi nous aide à retrouver de la clarté. Prendre du recul favorise de meilleures décisions, de meilleures décisions réduisent le sentiment d’urgence, et une urgence moindre facilite un repos plus réparateur. Un cycle intégré qui s’autoalimente et génère de la confiance.


Lorsque je me sens pris dans l’un de ces cycles, comment en sortir ?


Une possibilité consiste à s’arrêter un instant et à se poser quelques questions : qu’est-ce qui a réellement du sens pour moi ? Qu’est-ce qui est véritablement important parmi tout ce qui est en train de se passer ? Quelle est la priorité réelle ? Quel est le niveau minimum d’attention que cette situation requiert aujourd’hui ? (Tout n’a pas besoin d’un 10/10.)


Comment mes émotions influencent-elles ma manière de percevoir et de vivre cette situation ? Quelle est la réalité, et quel récit suis-je en train de construire à son sujet à travers mon interprétation ?


Sortir de l’inertie demande parfois de se pousser un peu : m’accorder des espaces pour prendre de la distance, mettre de l’ordre dans mes idées, retrouver de la perspective et avoir une conversation honnête avec moi-même.


Reporter ce qui n’est pas essentiel. Me rappeler de quoi je suis réellement responsable, et de quoi je ne le suis pas. Maintenir des moments de connexion avec les autres. Poser des limites lorsque cela est nécessaire : réduire ma disponibilité, retarder certaines réponses moins importantes ou dire non à certaines demandes nous aide à protéger notre énergie et notre attention.


L’inertie créée par le fait de faire beaucoup de choses nous pousse souvent à ouvrir de nouveaux chantiers en pensant que cela nous permettra de tout gérer plus rapidement. Pourtant, dans ces moments-là, nous avons rarement besoin d’ouvrir davantage de sujets. Nous avons plutôt besoin, dans la mesure du possible, de fermer ceux qui sont déjà ouverts.


Le corps est la base. Prendre particulièrement soin de son alimentation et maintenir une activité physique douce nous aide à relâcher les tensions, à moins tourner en rond mentalement et à retrouver davantage de sérénité.


Il peut également être utile de prêter attention à la différence entre ce que je veux réellement faire et ce que je crois devoir faire, une confusion souvent liée à l’exigence envers soi-même et à l’image que nous souhaitons projeter de nous-mêmes.


Ne pas nourrir les messages intérieurs de pression et de critique. Lorsque nous traversons des périodes intenses, il est facile de tomber dans des pensées du type : si j’avais fait les choses autrement, pourquoi cela m’arrive-t-il à moi, je ne serai pas capable ou je ne vais pas supporter cela.


Ces cycles peuvent être un indicateur de la nécessité de revoir ou de modifier certains aspects de notre vie. Cependant, dans de nombreux cas, il s’agit davantage d’ajuster la manière dont nous les vivons et dont nous nous y rapportons. Et dans cet ajustement, de petits changements peuvent produire de grandes différences.


Tout objectif dans la vie devrait inclure notre dimension la plus humaine et ancrée dans le réel. Dans le cas contraire, lorsque nous terminons la checklist, nous avons tendance à nous sentir vides et désorientés. La proposition n’est pas de faire moins, mais de prioriser et de rester connectés à nous-mêmes.


C’est précisément dans ces moments-là qu’il est le plus utile de se poser cette question :


Qu’est-ce que je ne veux pas avoir négligé pendant cette période ?


Par Daniel Marin

17 juin 2026



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Il y a quelques mois, j’ai traversé une période de plusieurs semaines qui demandaient beaucoup de moi. J’avais l’impression que tout arrivait en même temps. Ce qui était en attente depuis longtemps s’est soudainement remis en mouvement. J’ai dû répondre en peu de temps à plusieurs sujets importants, des déplacements imprévus se sont ajoutés, un contexte relationnel délicat est apparu ainsi qu’un sujet familial important. Le tout en contraste avec une période précédente beaucoup plus calme.
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