L'espace que nous occupons
Il existe une croyance assez répandue, occuper peu d'espace apporterait de la tranquillité. Même si cela peut parfois sembler fonctionner, éviter de s'affirmer, s'adapter et céder dans différents contextes finit souvent par produire l'effet inverse. À long terme, ne pas occuper sa place génère rarement de l'harmonie, mais plutôt du déséquilibre.
Si je n'exprime pas mon point de vue, il est probable que quelqu'un d'autre exprime le sien ou finisse par le faire à ma place.
Les systèmes, familles, couples, équipes, tolèrent mal l'ambiguïté, car ils ont besoin que chacun sache clairement où il se situe, comme c'est aussi le cas dans la nature. Disons qu'il y a un espace à occuper et que, lorsque quelqu'un ne prend pas le sien, le système, la vie, finit par le remplir d'une autre manière. Si je ne m'affirme pas, quelqu'un le fera depuis sa propre perspective.
Peut alors apparaître le sentiment de ne pas être à sa place ou de ne pas avoir de place. Comme si la vie ou les autres envahissaient continuellement notre espace. Pourtant, dans bien des cas, le problème n'est pas que quelqu'un l'envahisse, mais que nous ne l'occupons pas.
Plus qu'une question de s'imposer, il s'agit de soutenir et de préserver sa propre conviction, de ne pas se trahir. Céder constamment pour éviter les conflits finit souvent par en créer de plus grands, car lorsque quelqu'un se comprime trop, tôt ou tard il finit par exploser, en confrontant ou en s'éloignant. Ce n'est généralement pas une position durable.
De la même manière, les profils qui prennent trop d'espace laissent peu de marge autour d'eux et finissent souvent par provoquer une réaction de confrontation ou d'éloignement de la part de leur entourage, sans bien comprendre pourquoi.
Imaginons maintenant que chaque personne dans un espace soit une bulle. L'espace commun tend à se remplir de ces bulles et chacune en occupe une partie. Lorsqu'une bulle garde sa taille, les autres peuvent assez facilement s'organiser autour d'elle.
Mais si une bulle se contracte, par insécurité, par sentiment d'infériorité ou par peur de prendre trop de place, l'espace ne reste pas vide indéfiniment. Une autre bulle aura tendance à s'étendre pour compenser.
Pas nécessairement par volonté de dominer, mais simplement parce que le système, la vie, tend toujours à s'équilibrer.
C'est pourquoi, lorsque je n'occupe pas l'espace naturel que je ressens comme mien, je ne crée pas de l'équilibre, je pousse simplement quelqu'un d'autre à s'étendre davantage. Ainsi, me contracter n'équilibre pas la relation, cela la déséquilibre.
L'équilibre apparaît généralement lorsque chaque bulle occupe sa taille naturelle. Ni plus, ni moins. Simplement la sienne.
Par Daniel Marin
30 mars 2026





